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Au sortir d’une interview sur la courtoisie des Québécois au volant, la voix de la Péteuse de Broue  se fait entendre à mes oreilles : « N’aurais-tu rien à dire sur le sujet ? Rita Mazda et ses acolytes sont pourtant si nombreux sur la route. Passerais-tu sous silence ces agressions quotidiennes et ce manque flagrant de courtoisie au volant qui t’irritent et t’insupportent tant ? Cela ne te titille pas assez de voir ces pilotes à deux sous se prendre pour Jacques Villeneuve en plein centre-ville ou ces chauffards du dimanche s’imaginer seuls sur la route conduisant en ville comme on conduisant jadis au village : lentement, en ne se souciant ni des lignes ni des voies, en doublant doucement les « voitures à cheval » ? 

Pourrais-je dénoncer la mauvaise conduite des Québécois sans me faire lapider ? Voilà la plume de la Péteuse de Broue qui s’envole, s’emporte et dénonce à nouveau !

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Dernièrement, entrant dans une boutique, je demande poliment une vendeuse. Un jeune homme élégamment habillé me lance alors un regard hautain. Je réalise que je viens de proférer une absurdité, peut-être même une grossièreté.  Stupéfaite, je m’interroge... Diantre, qu'aie-je bien pu dire pour l'offusquer ?  Je comprends cependant tout de suite, en me prenant en plein visage, sur un ton snobinard, une remarque en apparence banale : « Madame, une conseillère à la vente va vous répondre tout de suite ».

 « Ah, mais bien  sûr ! »,  aurait noté le perspicace Watson de Sherlock Holmes : une conseillère à la vente ! Et me voilà soudain projetée dans un univers d’euphémismes périphrastiques, de mots vides et, croit-on de toute évidence, plus respectueux de la personne, de ses droits et de ses susceptibilités, tous et toutes protégés par la loi, la charte, la constitution et la rectitude politique. Les droits de la personne sont d'ailleurs tellement protégés de nos jours qu'on ne peut même plus parler des droits de l’Homme qui remontent pourtant à 1789 !

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Moi, je suis moi, le moi, rien que moi. À force d'émoi pour mon moi, il ne reste rien du tout et les autres … ?  C’est l’enfer !

Le poil me hérisse, ma tension monte, mon sourire s’efface lorsque parvient à mes oreilles l’écho de cette quotidienne litanie égocentrique : MOI et mon chum, MOI et ma mère,  MOI et ...

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J’aime conduire, avaler des kilomètres d’asphalte en écoutant Goran Bregovic et ses cuivres endiablés, changer mes vitesses au son de la musique slave, upa, upa ! Mais quand surgit Rita Mazda, mon plaisir s’envole. Adieu Goran !

À la lumière, en attente à mes côtés, le regard inquisiteur et dédaigneux de Rita apparaît. Sur l’autoroute, doublant à droite - car la vie est trop courte et qu’il faut la vivre à 200 à l’heure -, Rita « tripe » au max et sourit. Au stationnement, arrivant de gauche ou de droite, elle s’impose et prend la place. La lolita du volant, vraie princesse du kitsch, trône dans son intérieur Hello Kitty rose bonbon, et, entre deux nids de poules qui portent leur nom mieux que jamais, vous jette un regard méprisant à vous, pauvre conducteur, déjà relégué au rang de vieux crouton… Rita Mazda rivalise avec Schumacher. Copie carbone en jupon de Gino Camaro, elle fanfaronne et klaxonne.

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Je vous le dis sans détours : Je suis bonne, compétente et fière de moi. Oh la, la, j’entends déjà les commentaires : « Mais, pour qui se prend-elle, celle là ? » Bon, si vous préférez, je recommence : Bonjour, les p’tits amis, je vais vous rédiger aujourd’hui une p’tite chronique, pour le p’tit plaisir à sa mémère, sur son p’tit monde qui a passé un p’tit hiver, pas trop froid. Mais, dites-moi : et vous, pour qui vous prenez vous ? Un p’tit peuple né pour un p’tit pain qui mène une p’tite vie bien tranquille?

Réveillez vous, bannissez cette insulte à vous-même, pour des générations ! Au diable, petitesse ! Bonjour grandeur et fierté, compliments et réalité. ?On se calme la Péteuse, voudriez-vous me dire. Prends une p’tite bouffée d’air. Et bien non, niet, nein ! Ras le bol des : « Bonjour ma p’tite madame, qu’est-ce qu’on vous sert aujourd’hui, un p’tit morceau fromage … » Je fulmine : Un, je ne suis pas si petite que cela, non mais ! ; deux, je n’en veux pas du p’tit fromage que je paie une fortune le kilo, c’est du grand fromage ça, et raffiné depuis des générations dans une sublime cave au milieu de la pittoresque Toscane, est-ce petit ça ? Non, c’est grandiose !

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